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Laurence Médioni
 
 
 
 
 
 
 
 
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Bernard Henriot
 
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Bruno Goury
 
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François Paul Voisin
 
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Jean Bojko
 
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L'invitée du Canal du Nivernais

J’ai rencontré Laurence Médioni
Plasticienne, architecte paysagiste, elle se définit elle-même comme un navigateur dans l’espace, un véritable spationaute, une créatrice de rêves.Enthousiasmée depuis l’enfance par la littérature et la musique, ayant accompli des études scientifiques et géographiques à l’instar de ses parents enseignants, Laurence Médioni est une femme de passion, une humaniste qui a su faire se croiser ces chemins si différents, sans scission, enrichissant ainsi son savoir et son ouverture sur le monde, se servant de tous ces acquis pour « cristalliser », « accomplir ».
La symbiose entre la musique, la littérature, la peinture, les sciences ! le désir du plus que parfait, transmis, non pas par des maîtres, comme elle le dit si bien, mais lors de rencontres d’exception : avec le paysagiste Jacques Simon, espèce de clown fou, visionnaire, passionné, qui a inventé en quelque sorte le paysage contemporain, et avec Gad Weil, un créateur d'événements qui assume et réalise ses rêves. Ces hommes lui donnent envie de se dépasser, lui transmettent leur savoir-faire précieux et unique. Amoureuse des déserts qu’elle a découvert dans son enfance, elle dit « le désert n’est pas un espace vide mais au contraire un espace ouvert où l’homme a sa place. Pour moi, être architecte paysagiste, c’est comme marcher dans le désert, tenir l’espace, garder de l’air dans l’espace ».

En 1995, Laurence Médioni propose au Parc Livradois Forez, à Arlanc dans le Puy de Dôme, la création d’un superbe « jardin pour la terre », fruit de son imaginaire, un petit éden sur neuf hectares, dessiné en forme de carte du monde, un planisphère géant où poussent 2000 variétés de végétaux, représentés, chacun dans son pays d’origine ; un parcours initiatique sur la faune, la flore et l’histoire de l’humanité. Deux ans et demi de travail acharné pour transmettre enfin ce « bébé », en faire don en espérant qu’il soit choyé, compris, interprété comme il a été conçu, pensé, aimé ! d’où la nécessité d’une forme d’excellence, de faire des choses fortes, bien ancrées afin qu’elles ne s’effacent pas des mémoires.
« Le plus grand des bonheurs, c’est de regarder les gens qui s’y promènent, les enfants qui courent, qui se posent des questions ! l’espace public ne nous appartient pas, on ne crée pas pour laisser une signature ou une empreinte mais par générosité et pour inventer l’espace. Une fois le projet réalisé, il faut que ce soit fluide et évident pour les autres ».

Laurence Médioni, c’est aussi la rencontre, « le mariage », en 2000, avec Cervon, un petit village de la Nièvre, à l’occasion du projet 32 + 32, l’envie d’aller vers l’autre, de tisser des liens humains, de donner, de transmettre !
32 artistes pour 32 petites communes de la Nièvre ! Chaque artiste -plasticien, musicien, comédien, danseur- est choisi parmi 400 autres artistes pour sa capacité à développer ses idées avec une communauté rurale. Le village a donc accueilli, adopté, la plasticienne et son projet original de peindre des arbres en bleu. Il faut savoir qu’il y a des millions d’années, ce petit lopin de terre était recouvert par la mer. La tempête de 1999 ayant abattu les arbres en lisière de forêt, Laurence Médioni a pensé rendre à ce paysage massacré une seconde vie qui rappelle la mer disparue. Elle a invité les gens du village à venir retrouver l'ancienne plage de Cervon. Les géants déracinés ont été peints en bleu. Les habitants ont dit : " il n'y a pas de plage sans bar. " Le bar de la plage a été créé à côté de la salle des fêtes et les gens venaient y prendre l'apéritif ; aujourd'hui encore cette petite pergola sert lors des mariages, bel exemple de convivialité et de partage !
« Durant cette période, les liens noués ont été si forts que je suis restée dans ce petit village de la Nièvre » nous dit Laurence Médioni.
« Là, il y a aussi l’abbaye de Corbigny, l’abbaye, c’est un peu ma seconde maison. J’aime cet endroit encore vide que l’imagination peut investir. Cela me permet d’être ancrée dans mon territoire, de faire partager mes valeurs et mon savoir-faire ».

Mon histoire avec l’abbaye raconte-t-elle, c’est aussi une très belle rencontre avec un homme, Jean Bojko, qui redonne une âme à ce lieu magique. À la tête de la troupe du TéATr’éPROUVèTe, il y organise des événements, des fêtes qui contribuent à des échanges intergénérationnels très chaleureux, faisant fi des barrières socioculturelles.
Rivée à ce petit bout de terre de la Nièvre, elle dessine d’ailleurs, dans le cadre d’un projet initié par le TéATr’éPROUVèTe, « Les jardins d’étonnants », un jardin potager public pour les habitants de Corbigny, dans un lieu en friche. Il s'agit d'un projet à long terme qui associe les élèves de l'école primaire, un jardin pédagogique qui présente le jardin potager comme lieu de réflexion, de créativité, de plaisir et comme un espace culturel à part entière.
Toujours attirée par les oeuvres innovantes et démesurées à ciel ouvert, elle imagine ailleurs une fresque éphémère qui deviendra la plus grande fresque du monde.
Un terrain vague de 40 hectares, une des plus grande friche d’Ile de France, au pied des pistes de l’aéroport d’Orly et voilà cette artiste dans l’âme repartie sur les cimes de son rêve.

Elle y crée une toile de 2 km sur 15, cousue lé par lé. Elle rassemble ensuite les enfants des écoles alentour pour leur raconter une histoire. Chaque classe s’est approprié un petit morceau de cette histoire, a peint cette toile géante et fait des plantations en fonction des motifs de la peinture ; la bâche et la peinture, biodégradables, se transformaient ensuite en engrais pour nourrir les plantes ; une superbe aventure humaine, un rêve réalisé !

Paris, 2001 : L’aventure continue. Lors de la célébration du centenaire de la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d’association, elle réalise avec une équipe de plasticiens, une immense fresque de 1200 m² sur les trottoirs de Paris, le long de l’avenue Victoria. La fresque de couleur est constituée d’expressions tirées du texte de la loi de 1901. 14 médaillons aux couleurs du centenaire sont ainsi incrustés dans le sol des trottoirs de l’avenue.
Parallèlement, les organisateurs du carnaval de Nice reconnaissent son savoir-faire de plasticienne et s’adjoignent sa collaboration depuis plusieurs années pour la réalisation de chars et de costumes fastueux, réalisés à 90% de variétés de fleurs fraîches produites sur la Côte d’Azur. Le monde entier nous envie l’élégance et la féerie de ce cortège de chars entièrement fleuris, suivi d’un lancer de milliers de fleurs au public émerveillé et conquis.
Pourtant, son idéal serait de changer de lieu tous les ans, pour toucher d’autres interlocuteurs, une population différente avec une culture différente, faire un tour du monde comme les compagnons faisaient leur tour de France, pour apprendre, emmagasiner et léguer ces trésors d’apprentissage aux jeunes générations.

« Ce que j’aime finalement-nous confie Laurence Médioni- c’est réaliser des œuvres à l’extérieur, dans des lieux libres, vierges, où j’invente, je crée, sans limites, avec les gens. Partager leurs rêves, comprendre ce qui les habite, mon projet est ainsi alimenté par tous, c’est très fédérateur, c’est bon, c’est ma vie.
Pour autant, La Nièvre n’a pas fini de me séduire, de m’inspirer. Je réfléchis d’ailleurs à une idée qui me trotte dans la tête. Un jardin peut-être ? mais pas n’importe quel jardin » !
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